dimanche 15 mars 2015

Il faut s'attaquer à la non-qualification #16

Il faut combattre en profondeur aux maux dont la France souffre: si ce constat est de plus en plus partagé dans notre société, les façons de l'aborder divergent largement. 
Nous utilisons actuellement du doliprane pour soulager une maladie chronique qui nécessiterait un traitement bien plus complet: décryptage.


On le sait, tout le monde le sait, la France fait face à des enjeux sans précédent avec des comptes publiques à la dérive, un déficit abyssal, une compétitivité plombée par un niveau de charges trop élevé, un chômage sans précédent, une défiance à de nombreux égards de nos concitoyens.
Mais il y a un problème dont on parle trop peu, la non qualification des employés français et ses conséquences, ce qui nous conduira directement à évoquer le système éducatif.

SMIC et chômage

Commençons en évoquant deux variables. Tout d'abord le salaire minimum interprofessionnel de croissance, plus connu sous le nom de SMIC: il s'élève actuellement à 1 457,52€ par mois en France ce qui nous place dans le peloton de tête des pays qui possèdent le salaire minimum le plus élevé au monde, à la 5ème place pour être précis (voir page 49). Entre 1990 et 2010, le salaire minimum en France a augmenté de 28% quand le salaire net moyen gagnait 10%.
Il s'agit d'un sujet assez sensible il faut le dire, et je ne suis pas là pour dire qu'il est trop élevé; il ne l'est jamais pour ceux qui le touchent: selon le dernier rapport de l'ONPES, une personne active seule a actuellement besoin d'un budget de référence de 1 424€ par mois pour vivre décemment: l'équation est donc compliquée.

La deuxième variable est le niveau de chômage en France: il a atteint fin 2014 10% de la population active au sens du BIT malgré une "embellie" de janvier dont on aurait tort de tirer des conclusions: dramatique.

Une dernière étude de l'Institut Montaigne a essayé d'analyser la fracture du marché de travail en France. Il en ressort que ce problème du chômage est fortement corrélé aux bas salaires: en effet, au delà de 1,5 SMIC, le taux de chômage s'élève à seulement 5% de la population active, soit presque un niveau de plein emploi !
Il y a donc un lien étroit entre ces deux variables.

S'occuper du SMIC

Le coût du SMIC pour l'employeur français demeure toujours trop élevé puisque il s'élève à 1 630€ quand le salarié touchera lui 1 128€ net par mois. Si des efforts ont déjà été consentis lors des dernières décennies sur les charges sociales notamment, il faut donc les accentuer pour rendre l'embauche plus facile à ce niveau sans pour autant affecter le pouvoir d'achat des ménages.
Il s'agit toujours du dilemme lorsque des réductions de charge sont accordées: faut-il cibler plutôt les bas salaires ou plutôt les salaires plus élevés qui génèrent plus de compétitivité et qui permettent à la France d'exporter ou d'attirer des talents par exemple ? Un arbitrage nécessaire mais bien compliqué.

Plusieurs réformes du salaire minimum sont ainsi évoquées bien que cela entraine de nombreuses questions tabous.
- Un SMIC régional: comment peut-on imaginer que un seul SMIC national puisse correspondre au coût de la vie à Paris et dans une ville en province ? L'idée d'un SMIC régional émergerait même si là encore il peut y avoir de nombreuses disparités au sein d'une même région.
- Un SMIC par branche: c'est ainsi que l'on pourrait envisager un salaire minimum par branche d'activité comme ce qui est pratiqué chez nos voisins allemands.
- Un SMIC jeune: bien plus polémique, l'idée relancée par le président du MEDEF Pierre Gataz l'année dernière est loin de faire l'unanimité.

A défaut, le gouvernement a récemment annoncé la fusion de la Prime Pour l'Emploi (PPE) avec le RSA afin de créer un unique dispositif: la prime d'activité à partir de Janvier 2016. Une nouvelle mesure de simplification qui, on l'espère, ne sera pas source de nouvelles complications comme le législateur français sait très bien en produire.

L'éducation, une priorité

Pour revenir à la genèse d'un problème plus large que le seul salaire minimum, il faut aussi s'intéresser à la formation de ces travailleurs qui peinent à intégrer le marché de l'emploi: l'éducation est donc prioritaire et plusieurs constats peuvent être dressés:

- La faible performance du système: quand la France recule dans les classements internationaux (notamment PISA) étant qualifiée de "championne des inégalités", quand chaque année 150 000 élèves sortent du système scolaire sans qualification, quand le salaire moyen d'un professeur des écoles est inférieur de 17% à la moyenne de l'OCDE et que l'écart entre le salaire d'un professeur de lycée français et allemand culmine à... 54%, quand l'éducation dans les zones dites plus sensibles n'a jamais été aussi délicate à gérer, alors oui peut-être faut-il se poser les bonnes questions.

- Apprentissage: très peu mis en valeur dans notre pays, l'apprentissage est en recul (-3,2% de 2013 à 2014) malgré une volonté de l'exécutif de promouvoir le système. Je ne vous ferai pas subir une énième comparaison avec l'Allemagne où il est si performant.

On pourrait également évoquer la formation professionnelle, un système universitaire qui a force de ne pas pratiquer de selection est en train de s'auto-détruire: la liste pourrait être longue mais cet article n'a pas vocation à disséquer le système éducatif français.

Quelles solutions ?

Je n'ai ni la légitimité, ni les compétences pour proposer quoi que ce soit en matière d'éducation mais les experts semblent s'accorder sur plusieurs points et notamment un constat: notre système n'est plus adapté. François Taddei qui dirige le CRI et travaille sur les questions d'innovation dans l'éducation a ainsi essayé pendant des années de trouver le montant du budget de R&D du ministère de l'Education Nationale en vain; il commentait récemment: "Si tu n'investis pas dans ta capacité à te remettre en question, il ne faut pas s'étonner d'être en décalage avec une société qui elle évolue très vite."

Le système français encourage ainsi la compétition, l'émergence de talents au détriment de ceux qui seraient "moins bons ou performants". Qu'en est-il de l'épanouissement à l'école puisque le plus important est semble être de se fondre dans le moule afin de correspondre à des critères ? Les parents ont-ils vraiment toujours confiance en l'école ?

Le bilan ? Chaque année, 40% d'enfants soit 300 000 élèves sortent du CM2 avec de graves lacunes selon un rapport du Haut Conseil de l'Education en 2012.
Alors oui il y a des idées, des initiatives: on citera encore une fois François Taddei qui insiste sur les 5 dimensions suivantes: "Confiance, Créativité, Coopération, Communication, Critique constructive" dans une vision horizontale de l'école par opposition au système français très (trop) vertical.
Les initiatives de rupture menées par Céline Alvarez ces dernières années ne manquent pas non plus de faire référence dans le milieu: ses expérimentations menées dans des classes de primaire ont apporté des résultats stupéfiants.

Un objectif prioritaire ? Créer la confiance en donnant tout d'abord les moyens aux enseignants d'agir sur le système et en encourageant notamment les enfants à prendre plus d'initiatives. C'est dès le plus jeune âge qu'il faut réfléchir autrement le système; on le sait bien c'est à cet âge là (entre 0 et 6 ans) que les inégalités sont déterminantes.
A cet égard, c'est un véritable crime que de ne pas repenser le système éducatif dans son ensemble.

Concluons, décidons

On voit bien la corrélation directe entre éducation, qualification et taux de chômage et tous ces dysfonctionnements ont peut-être la même racine. Une statistique vient confirmer tout cela puisque d'après l'étude de l'Institut Montaigne, les actifs qui ont un niveau d'études inférieur au baccalauréat représentent en France 61% des chômeurs et 45% des personnes ayant un emploi. Alors, convaincu ?

Nous sommes donc face à deux paradoxes: premièrement, l'éducation devient le facteur numéro un d'inégalités face au chômage puisque le marché de l'emploi tend à se dualiser avec ce que l'on appelle deux catégories de population face à l'emploi: les insiders et les outsiders. Pour caricaturer, un élève sorti d'une grande école décrochera son CDI quand le salarié peu qualifié enchaînera les jobs à temps partiel faiblement rémunérés.
Ensuite, on observe que le SMIC qui avait pour but de lutter contre la pauvreté et les inégalités ne remplit plus ses fonctions: il constitue même ce que l'on appelle une "trappe à chômage".

Vous l'aurez compris, les enjeux sont énormes et le décalage avec ce qui est vraiment entrepris pour corriger la trajectoire dérisoire. Cette analyse ne se prétend pas être exhaustive, il y a également d'autres facteurs qui rentrent en compte pour expliquer les difficultés actuellement rencontrées.
La France est un gros paquebot très lourd à manoeuvrer, chaque changement de direction est très long à mettre en oeuvre: il faudra pourtant que le commandant décide à changer de cap, sans quoi tous les passagers pourraient définitivement sombrer.

jeudi 26 février 2015

Facebook-city: retour vers le futur ? #15

Un seul article du Daily Mail (deuxième quotidien britannique) a suffit hier a déclencher une vague d'hystérie médiatique à l'échelle mondiale. La raison ? Le projet de "Ville-Facebook" que Mark Zuckerberg serait en train de préparer.

Frank Gehry (gauche) et Marc Zuckerberg (droite) en plein discussion, ou communication ?

Qui n'a jamais entendu parler du paternalisme dans ses cours d'histoire ? Développé dans la seconde moitié du XIXème siècle en France avec des entreprises familiales comment Michelin à Clermont-Ferrand ou Peugeot à Sochaux, ce concept très populaire voyait le patron s'occuper de tous les aspects de la vie des ses salariés, du logement à l'éducation en passant par les loisirs: une révolution pour l'époque.

Un projet "all included"

A la Genèse de cette histoire, on a tout d'abord appris que pour 400 millions de dollars, l'entreprise californienne avait acquis un terrain de 22 hectares qui s'ajoute aux 60 hectares déjà détenus.
C'est sur ce terrain que le fondateur de Facebook aurait décidé de créer une véritable "ville-Facebook", déjà surnommée "Zee-town" aux Etats-Unis.
Ce projet fou estimé à plus de 200 milliards de dollars soit l'équivalent de la capitalisation boursière du groupe- même si les chiffres sont encore approximatifs - serait en marche puisque Marc Zuckerberg aurait déjà fait appel à un des architectes les plus renommés au monde avec Frank Gehry.
Ce projet s'inscrit dans la droite lignée de ce qui se fait déjà en Silicon Valley avec des entreprises comme les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) notamment qui offrent des services de très haute qualité pour le bien-être de leurs salariés, au sein de véritables campus à l'image de celui qui est en train d'être construit par Google à Mountain View.

Dans une ville vraisemblablement ultra-connectée où l'on trouvera hôtels, parcs et supermarchés, les 10.000 salariés de Facebook accompagnés de leur famille seront logés dans des villas (pour les cadres) ou dans des logements plus classiques pour les salariés et stagiaires.

La Silicon Valley, un univers à part

Située sur la baie de San Fransisco, la Silicon Valley est la région emblématique des nouvelles technologies, un écosystème de rêve, un véritable eldorado pour les jeunes entrepreneurs aujourd'hui.  Avec une concentration de talents au sein de ces entreprises, on assiste également à une inflation des prix: ainsi, le salaire moyen s'élevait en 2014 à près de 300.000$ par an !
Le marché de l'immobilier a lui aussi vu une augmentation des prix de 50% sur les 5 dernières années: vous devrez compter 1 million de dollars pour acquérir un logement…une pièce comme l'expliquait à BFM Business l'entrepreneur Loïc le Meur confirmant au passage la théorie selon laquelle plus un bien est rare, plus il devient cher.
Outre ce problème existentiel du logement, on compte également 1h30 pour traverser la Silicon Valley qui est en réalité une bande de 30 kilomètres !

En toile de fond: deux thématiques

Facebook et son fondateur veulent par ce projet être les précurseurs de la ville du futur en agissant sur deux leviers: le bien-être au travail et la ville intelligente.
Tout d'abord, le bien-être et le bonheur au travail qui sont des thématiques plus que d'actualité aujourd'hui: qui n'a pas en tête la façon dont Google s'occupe de ses salariés ou encore la manière avec laquelle Laurence Vanhée a instauré la "Happy performance" au sein du ministère Belge de la sécurité sociale avec des résultats impressionnants.
Au delà de tout cela, c'est en réalité une aspiration à redonner du sens à un travail qui est devenu invisible - comme l'explique si bien Pierre-Yves Gomez dans son livre - qui s'exprime: une envie de prendre du plaisir, d'exprimer son talent, de mener à bien des projets que des entreprises comme Facebook et Google ont a coeur d'intégrer, avec un enjeu de productivité sous-jacent.
Ensuite, on a tous entendu parler de la "Smart City", cette ville de demain, intelligente, durable et connectée grâce au numérique qui va permettre de répondre aux enjeux de croissance des populations, de performance énergétique et de qualité de vie. De nombreux voient notamment le jour en France.

"Zee-City", véritable laboratoire ?

Marc Zuckerberg désire donc combiner ces deux aspects en voulant aller plus loin ce qui rend la comparaison avec le système paternaliste assez pertinente. Personne ne s'en cache, l'objectif de ce projet est de vivre Facebook, dormir Facebook, manger et se distraire Facebook et enfin penser Facebook.
Faciliter la vie de ses salariés certes, mais aussi mener une expérimentation à taille humaine de la ville du futur pour la 16ème fortune mondiale: en effet, les réseaux de données de ces villes connectées vont être un enjeu crucial pour des entreprises comme Google ou Facebook: mettre la main sur ces données représente une manne potentielle géante pour ces géants qui pourront utiliser toutes les informations collectées pour offrir des services sur mesure, dans la lignée de ce qui se fait déjà aujourd'hui grâce à internet.

Marc Zuckerberg déteste que l'on s'intéresse à sa vie privée: il ne manque pourtant pas d'ambitions pour ce projet

Le paradoxe d'un projet sans commune mesure

Cette "Ville-Facebook" revêt un caractère fascinant, c'est indéniable: projet disruptif par excellence, il peut représenter un idéal pour des générations qui baignent dans l'univers des nouvelles technologies, qui ont grandi avec Facebook, Twitter et Apple et & Cie.
Cependant, il s'agit de ne pas être naïf: des entreprises comme Facebook ou Google font figure de "Big Brother" disposant à ce jour d'une quantité d'informations impressionnante sur nous: le risque d'une atteinte à la vie privée, aux droits fondamentaux des personnes est réel et il ne faut pas le négliger. Derrière le mirage, l'hypnose il s'agit de garder une certaine dose de lucidité.
En effet, à quel point Facebook aura-t-il le contrôle sur ses employés avec cette nouvelle ville ? Ne risque-t-on pas d'arriver à un niveau d'aliénation inquiétant, à un point de non retour ? Ce projet marque-t-il la mort définitive du concept de vie privée à l'heure ou il est déjà bien mis à mal ? Doit-on laisser des entreprises comme Facebook ou Google être bien plus puissantes que certains Etats ?

Nous voyons bien que derrière ce projet séduisant surgissent des questions importantes et intéressantes. On peut se demander si ce projet engagé par Marc Zuckerberg n'est pas en train de définitivement marquer une nouvelle ère des relations employeurs employés dans une sorte de paternalisme du XXIème siècle.
En tout cas ce projet et toutes les avancées tant sur le point des conditions de travail que de l'invention des villes de demain qu'il sous-tend sont vraiment passionnants et, comme souvent, l'entrepreneur est au coeur de la transformation de l'éco-système.

samedi 21 février 2015

La Loi Macron: le paradoxe Français #14

Si l'on ne sait toujours pas vraiment quoi mettre derrière l'esprit du 11 Janvier, on peut affirmer sans trop d'hésitation qu'il est déjà bien loin. Le politique et l'économique sont bien liés, la Loi Macron l'a encore démontré. La France elle reste immobile, paralysée.



De quoi parle-t-on ?

Le dossier qui électrise la classe politique en ce moment porte un nom: "Le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques" plus communément appelé  "Loi Macron" et porté par Emmanuel Macron, ministre de l'économie.
Résumer cette loi est un exercice périlleux puisque elle couvre un nombre important de sujets mais on peut dire qu'il s'agit de stimuler et de débloquer l'économie française pour faire revenir la croissance.
Loi "fourre-tout" pour les uns, trop libérale pour les autres, elle prévoit notamment de s'attaquer à certains sujets comme l'encadrement des professions réglementées (notaires, huissiers, avocats), la déréglementation du marché des autocars, l'ouverture des magasins le dimanche, l'accélération des procédures prud'homales ou encore certaines privatisations comme celles des aéroports de Nice et Lyon.

La loi Macron en BREF: près de 200 heures de débat durant lesquelles le ministre a (et c'est un fait rare) toujours été présent, plus de 1700 amendements déposés, 200 articles.

Un chemin tortueux

Le jeune ministre de l'économie (37 ans) n'imaginait sûrement pas que sa loi qui s'inscrit dans la volonté de l'exécutif de réformer susciterait autant de réactions. En effet, elle fut critiquée de toute part (FN, Verts, UMP, PS, radicaux de gauche), la question du travail le dimanche cristallisant les tensions notamment chez les socialistes.
L'exécutif craignant que la loi soit rejetée au parlement faute d'une majorité a donc été contraint d'utiliser l'article 49 alinéa 3 de la constitution qui permet de faire valider un projet de loi…sans vote.
Manuel Valls a ainsi dû engager la responsabilité de son gouvernement en attendant de voir si la motion de censure (sorte de contre-texte) proposée par l'UMP-UDI serait acceptée par les députés.
Au final, seuls 234 députés ont voté cette motion (289 voix étaient nécessaires): la loi Macron a donc été adoptée.

Non ce n'est pas la loi du siècle

Le président de la République a clairement fait comprendre lors de sa dernière conférence de presse qu'il n'y aurait pas d'après Loi Macron signifiant la fin des réformes économiques alors que les élections départementales arrivent dès le mois de Mars.
Il s'agit ensuite d'être lucide: non, la Loi Macron n'est pas une réforme majeure, non la loi Macron ne va pas relancer l'activité économique, non la loi Macron n'est pas à la hauteur des enjeux économiques actuels dans une France qui compte près de 3,5 millions de chômeurs et une dette publique de plus de 2.000 milliards d'euros (95,2% du PIB).
D'autant plus que Emmanuel Macron a dû faire des concessions notamment envers les notaires qui se sont montrés très mécontents du texte initial, ou encore sur les ouvertures dominicales des magasins où les maires seront bien plus libres que prévu pour accorder des autorisations (ou pas).

Un triste spectacle

Au delà du contenu de cette loi, l'attitude de la classe politique dans cette affaire est à déplorer: par idéologie et absence de sens des responsabilités, la droite n'a pas voulu voter une loi qu'il aurait pu proposer quelques années plus tôt, la gauche et ses "frondeurs", eux, ont préféré se désolidariser de la majorité.
Recourir au 49-3 (qui n'avait pas été utilisé depuis 2006) pour voter une loi qui n'aura que très peu d'impact sur l'activité et qui était de surcroît soutenue par plus de 60% des français reflète les difficultés de faire bouger les lignes dans notre pays: les français lors des évènements tragiques du mois de janvier ont montré qu'ils pouvaient se lever tous ensemble et ce malgré des divergences d'opinion, qu'ils étaient prêts: la classe politique ne semble pas avoir compris le message.

Verre à moitié plein, à moitié vide

Certes cette loi n'était pas parfaite, certes on pouvait rêver de mieux de plus d'ambition, d'une vraie réforme qui apporte des réponses structurelles à des problèmes structurels: alors oui, on voit mal comment l'ouverture de lignes d'autocars peut suffire à contrer la spirale du chômage ou à relancer l'activité même si cela représente une excellente initiative. Mais cette Loi Macron a le mérite d'exister, et indiquant une volonté de réformer, commence à apporter des solutions.
Qui aurait pu, il y a quelques mois de cela, imaginer un ministre socialiste dire: "J'aime l'entreprise" comme il l'a fait aux dernières universités d'été du MEDEF ? Qui aurait pu imaginer la gauche française capable de proposer un tel texte étiqueté comme "libéral" ?
Il y a donc depuis quelques temps une dynamique très intéressante et elle mérite d'être soulignée même si il ne faut pas s'en contenter.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Il existe (au moins) un problème de fond à tout cela et il est lié à l'élection du Président de la République. Il ne s'agit bien évidemment pas de remettre en cause le suffrage universel mais la question suivante mérite réflexion: comment peut-on réaliser des réformes, qu'elles soient sociales, économiques quand on n'a pas été élu dessus, quand on a pas de mandat clair, précis ?
Comme l'a bien dit bien Denis Payre cette semaine, "en se faisant élire sur un programme A, on ne peut pas mettre en oeuvre un programme B situé à 180 degrés": le gouvernement actuel en fait l'expérience. Sans majorité, sans cap, avec une légitimité contestée, il est difficile de gouverner.

Contrairement au chancelier Allemand qui est élu sur un vrai programme issu d'une éventuelle négociation avec un autre parti dans le but de former une coalition, l'élection présidentielle française fonctionne bien différemment. La démagogie, l'absence de vision, d'ambition et de courage, l'opposition systématique ont pris place si bien que l'on fait désormais des réformes plus pour faire plaisir à la commission européenne que par souci de transformer en profondeur la France.

1, 2, 3 concluons

Plusieurs conclusions peuvent dès lors être tirées: tout d'abord la France a vu l'émergence d'un jeune ministre de l'économie talentueux et courageux capable de faire bouger des lignes, de porter un discours cohérent qui va dans le bon sens.
Ensuite, le gouvernement a voulu taper fort sur une réforme de second ordre comme nous l'avons dit et l'usage du 49-3 semble inquiétant: cela n'augure rien de bon pour d'autres réformes comme celles de la santé, de la formation professionnelle ou encore de la réforme territoriale qui seront autrement plus sujet à polémiques.
Enfin, compte tenu de l'alignement des planètes évoqué dans mon dernier article (chute pétrole, euro, taux faibles), la croissance va vraisemblablement revenir en France avec une prévision de 1% en 2015. Pour rappel, elle était de 0,4% en 2014, contre 1,5% pour notre voisin allemand.

Bonne nouvelle ? Pas sûr: la France n'a réglé aucun de ses problèmes structurels et bénéficiant seulement de ces facteurs exogènes pourrait être tentée de dire: "Regardez, nous avons fait les réformes et la croissance revient". Une incitation à ne pas réformer ?

"Nous continuerons sans relâche à réformer avec tous les moyens que donne la Constitution. Sans faiblir, nous continuerons à avancer" Manuel Valls 


Utilisable une seule fois par session parlementaire (hors texte budgétaire), l'article 49 alinéa 3 de la constitution ne pourra plus être utilisé mais l'exécutif dispose d'autres outils comme le vote bloqué (Article 44-3) en cas de difficultés à faire consensus au Parlement.

Le discours volontaire de Manuel Valls sera-t-il suivi d'effet ? Monsieur le Premier Ministre, montre-nous un cap et engagez ces réformes: la France, elle,  est prête depuis un moment: elle vous suivra.

samedi 24 janvier 2015

Une semaine, un mois qui peut tout changer #13

Si l'actualité de ce mois de janvier a été rythmée d'évènements malheureusement dramatiques en France, l'économie n'est pas en reste: les épisodes qui se déroulent ces jours-ci pourraient bien marquer un avant et un après: décryptage.

Mario Draghi, président de la BCE a abattu sa dernière carte pour sauver l'Euro

Avant d'analyser les deux évènements marquants de la semaine, petit tour d'horizon des trois tendances qui marquent l'économie en ce début d'année 2015.

- La chute de l'euro: nous sommes désormais à 1 euro pour $1,12 alors que la monnaie européenne était encore à $1,40 il y a 6 mois. 
Cela s'explique principalement par la hausse du dollar due à l'amélioration de la situation économique aux Etats-Unis avec un chômage qui baisse (5,9%) et une croissance qui repart, bien aidée par les Gaz de Schiste. Avec une situation économique morose en Zone Euro, on parle donc plutôt d'une hausse du dollar face à un euro faible. 
La prochaine remontée des taux directeurs par la FED aux Etats-Unis attire les investisseurs qui l'anticipant préfèrent désormais acheter un dollar plus rémunérateur.
L'effet immédiat est positif pour la Zone Euro puisque nos produits deviennent plus compétitifs et les exportations augmentent mécaniquement. Même si les importations deviennent plus chères, au détriment de l'Allemagne par exemple, l'impact global est positif. 
Certains parlent déjà d'une parité parfaite de l'euro/dollar pour 2015: les spéculations sont lancées !

- La baisse du pétrole: le pétrole continue sa baisse et est passé sous la barre des $50: cela constitue bien sûr une bonne nouvelle pour nous, importateurs. Cependant, certains souffrent de cette situation: les pays exportateurs mais aussi Total pour qui une chute de 10 dollars du prix du brent représente un manque à gagner annuel de 2 milliards de dollars.
Retrouvez mon dernier article à ce propos.

- La baisse des taux directeurs: les taux d'emprunts auxquels les pays financent leurs dettes via des emprunts ont également atteint des plus bas historiques. Les taux d'emprunt à 10 ans qui servent de référence sont par exemple à 0,55% en France; l'Allemagne emprunte elle à des taux négatifs à 2 et 5 ans. L'Italie (1,59%) et l'Espagne (1,35%) empruntent même moins cher que les Etats-Unis (1,78%) à 10 ans: incroyable !

Un plan massif de la BCE

Le premier évènement de la semaine s'est déroulé ce jeudi à Francfort, au siège de la Banque Centrale Européenne où son président Mario Draghi tenait une conférence de presse…très attendue !
En effet, ce dernier a annoncé le lancement d'un plan massif de rachat d'actifs, ce que l'on appelle communément "QE" ou "Quantitative Easing".
Concrètement, la BCE va injecter un montant hallucinant de 1140 milliards d'euros dans l'économie européenne (60 milliards mensuels pendant 19 mois) à l'instar de ce qu'avaient pu faire la FED aux Etats-Unis, la Banque d'Angleterre ou la Banque du Japon il y a quelques années pour des résultats mitigés.
L'objectif principal de la BCE est de combattre la baisse des prix (-0,2% en Décembre) pour revenir à une inflation proche de 2% (telle qu'elle est prévue dans le mandat de la BCE) et de relancer une économie atone.
Pour cela, elle va racheter des dettes d'Etats sur les marchés secondaires (n'ayant pas le droit de les financer directement) afin d'orienter les investisseurs et les capitaux vers l'économie réelle ce qui permettra un redémarrage de la zone euro par l'investissement.
La masse monétaire (argent qui circule dans l'économie) augmentant, l'Euro perd donc de sa valeur par rapport au dollar: il a subi ce jour-ci sa plus grosse chute en 24h depuis sa création (-4%).

Si le 22 Janvier 2015 fera donc date dans l'histoire, les conséquences sont elles plus incertaines et c'est bien dans l'inconnue la plus totale que ce plan a été lancé. 
Conjugué aux trois tendances développées plus haut, le risque de ce plan est de désinciter les Etats (la France par exemple) à se réformer puisque ils se financent encore plus facilement désormais. 
Avec des taux et une inflation faibles, le "quantitative easing" est donc la dernière carte que peut abattre Mario Draghi: pas sûr qu'elle soit de nature à rassurer sur l'état réel de la zone euro.
Mais comme il l'a répété, c'est maintenant au tour des Etats et des agents économiques de jouer le jeu.

Elections en Grèce

L'autre évènement majeur de la semaine arrive demain avec des élections législatives qui s'annoncent décisives en Grèce: le parti radical de gauche Syriza emmené par Alexis Tsipras arrive en effet en tête des intentions de vote (32,5% selon une enquête récente). 
Si ce parti radical arrivait en tête, il devrait probablement s'allier avec d'autres partis pour pouvoir gouverner. Contrairement à ce que l'on peut entendre, Syriza ne souhaite pas sortir de l'euro mais changer radicalement de cap en renégociant "fermement" la dette de la Grèce.
L'enjeu ? La dette publique Grecque s'élève à 320 milliards d'euros soit plus de 177% du PIB (95,2% en France): mais surtout, 85% de cette dette est détenue par des Etats et par la Troïka (FMI de la BCE et de l'UE). Un défaut de paiement de la Grèce sur sa dette représenterait un coût de 40 milliards d'euros pour la France, soit 615 euros par français !
Si ce scénario catastrophe n'est pour l'instant par privilégié, une renégociation de la dette aura probablement lieu. Pour être complet sur la Grèce, il faut noter que la situation économique s'améliore avec avec une hausse du PIB de 0,6% en 2014 (après 6 années de récession) et une prévision de 3% pour 2015.
La question est: ira-t-on jusqu'à ce qu'on appelle le "Grexit" ? L'Europe sera vite fixée.

A plusieurs niveaux, ce mois de janvier est donc dors et déjà historique du point de vue économique. Baisse de l'euro, du pétrole, taux d'emprunts bas, liquidité abondante: tous les carburants sont là. 

Si l'Europe ne repart pas, ce ne sera pas un problème de carburant mais bien un problème de moteur.

vendredi 26 décembre 2014

Le pétrole, un sacré cadeau de Noël ? #12

Il est de coutume en cette fin d'année de s'offrir des cadeaux: et bien figurez vous que la France en a reçu, et pas des moindres. Décryptage des évènements qui ont marqué la fin d'année 2014.



Vous l'aurez compris, un des principaux cadeaux de cette fin d'année est le pétrole. Mais de quoi parle-t-on ?

Le pétrole est donc une matière première, plus précisément une "huile minérale naturelle" qui après extraction et raffinage permet de produire des carburants comme le diesel, le kérosène ou encore le gazole. Si l'on entend souvent parler du baril de BRENT (1 Baril = 159 litres), c'est parce que il s'agit du pétrole de la mer du Nord qui s'échange sur les marchés européens par opposition au WTI qui lui est échangé aux Etats-Unis.
Le principal acteur de ce marché est l'OPEP, un cartel composé de 12 pays dont l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Venezuela et qui produit près de 40% du pétrole mondial avec une influence assez importante notamment au niveau géopolitique.
La Russie demeure le premier pays producteur et les Etats-Unis complètent le podium avec la récente exploitation des gaz de Schiste qui, tout en modifiant de manière inquiétante l'écosystème permet aux américains de s'approcher de l'indépendance énergétique.

Des niveaux records atteints

Le baril de brut a atteint des niveaux records en cette fin d'année passant même sous la barre des $55. A titre d'indication, le baril de Brent était à $114 en Juin 2014, à son plus haut niveau de l'année avec une moyenne annuelle à 100$.
C'est donc une chute vertigineuse pour l'une des matières premières les plus importantes et stratégiques et les raisons sont multiples.

Premièrement, il s'agit d'une baisse du commerce mondial en cette année 2014 avec une croissance de  2,5% bien loin des 5% observés en moyenne sur les deux dernières décennies.
Ce ralentissement est dû aux difficultés des pays émergeants comme le Brésil, la Russie ou l'Inde et bien sûr aux baisses de prévision relatives à la Chine qui avance désormais sur un rythme de croissance annuel de 7,5% avec une demande moins soutenue et des chiffres de production plus faibles que prévus.
Cela entraine mécaniquement une baisse de la demande en matières premières et donc particulièrement pour le pétrole. La demande globale est donc trop faible et les signaux envoyés trop négatifs, d'où les contractions du marché.

De son côté l'offre continue a être très importante avec notamment l'arrivée des gaz de Schiste américains et le refus de l'OPEP de baisser son niveau de production.
On estime que le différentiel entre l'offre et la demande est de 6 millions de barils par jour: considérable, ce qui explique ce contre-choc pétrolier.

Quelles conséquences au niveau mondial ?

Comme nous profitons de la baisse de l'euro par rapport au dollar qui permet une augmentation des exportations françaises et européennes et un regain de compétitivité, la baisse du pétrole est bien évidemment une bonne nouvelle pour la plupart des économies et pour la France.
Du côté des pays producteurs, la baisse du prix du baril rend la rentabilité des exploitations très menacée. Le coût d'extraction du pétrole de Schiste est à $75 environ aux Etats-Unis et certains pays exportateurs ont même besoin d'un baril au dessus de $100 pour boucler leur budget.
Le Venezuela est ainsi proche du défaut de paiement et la Russie avec l'effondrement de sa monnaie se voit aussi en grande difficulté ayant basé son budget sur un baril à $100: de plus, 50% des recettes de l'Etat russe sont liées aux hydrocarbures.

Qu'en est-il concrètement ?

Vous l'aurez sans doute remarqué, les prix à la pompe ont sensiblement baissé en cette fin d'année et le Gazole est même localement passé sous le seuil des 1€.
Mais pourquoi les prix n'ont pas varié avec la même amplitude que ceux du cours du brut ?
Tout simplement parce que le prix du carburant en France est principalement composé de taxes (TVA, TICPE) et donc bien moins sensible aux évolutions du cours du brut; elles s'élèvent à 48,9% pour le Gazole et à 56,3% pour le Sans Plomb 95.
Compte tenu de l'importance de la baisse du prix du pétrole, il y a donc quand même un impact sur "les prix à la pompe" même si il est moins important.
Cependant, la situation risque d'évoluer puisque dès le 1er Janvier 2015, deux nouvelles taxes sur les carburants vont rentrer en application avec une hausse des prix de 4 centimes à la clé; elles visent à compenser l'abandon de l'écotaxe et participer à la taxe carbone.

Vraiment un cadeau ?

Au niveau mondial, le FMI a estimé que l'impact de la baisse du pétrole serait de +0,5 points sur la croissance mondiale.
En France, l'impact est également positif comme nous l'avons vu pour les consommateurs mais également pour les entreprises. On estime qu'avec un tel niveau du pétrole, on pourrait l'année prochaine redonner 15 milliards d'euros de marge aux entreprises françaises.
Déjà en 2014, la facture énergétique a pu baisser de manière sensible; pour le seul secteur de l'industrie, les gains s'élèvent à 2 milliards d'euros, soit plus que le CICE - le Crédit Impôt Compétitivité Emploi qui est la mesure phare du quinquennat en faveur des entreprises- sur la même période.

Avec la baisse de l'Euro par rapport au dollar -du fait de la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne qui a laissé son taux directeur inchangé à 0,05%- qui permet de doper la compétitivité européenne et française et grâce à des taux d'intérêts historiquement bas (0,845% à 10 ans) qui permettent à la France de se financer à moindre coût en allégeant significativement le coût de la dette, le pétrole est donc le troisième cadeau dont profite l'économie française: avec un chômage et une dette qui continuent à augmenter, elle aurait tort de s'en priver.

Tous ces facteurs exogènes ont conduit l'INSEE à relever sa prévision de croissance pour le troisième trimestre à +0,3%: une bien bonne nouvelle à l'orée d'une année 2015 qui s'annonce agitée mais qui ne saurait nous faire oublier l'urgente nécessité de réformer notre pays.

Un chiffre: la dette de la France a cette année dépassé le seuil des 2.000 milliards d'euros (30.000€ par français) et atteint désormais 95,2% du PIB, de la richesse nationale donc.
Il arrivera un jour où le mur de la dette ne sera plus surmontable, ou la France ne sera plus en mesure de faire face à ses obligations et il sera alors trop tard pour réagir. Il serait irresponsable de penser que ce jour n'arrivera pas.

samedi 6 décembre 2014

Ne me dites plus jamais bon courage ! #11

Ce weekend,  focus sur un livre passionnant que j'ai eu l'occasion de relire récemment. Un lexique anti-déprime que tout français devrait lire et…appliquer !

Et si nous changions notre manière de penser et de…nous exprimer !

Du fameux "bon courage" avant d'aller au travail le matin au "c'était mieux avant" nostalgique en passant par toutes ces "petites" choses que nous faisons, l'auteur montre l'importance de ces expressions et leur impact sur la société: triste, le moral dans les chaussettes, peur de l'avenir, comptant le nombre d'heures le séparant du weekend, le nombre de jours des prochaines vacances et le nombre d'années de la retraite: le portrait robot du français moyen peut s'avérer…effrayant !

"Bon courage"

Dans les expressions qui m'ont marquées, je crois que celle-ci est tout à fait symptomatique.
Petit exercice pratique pour vous cher lecteur: essayez de compter le nombre de fois où vous avez prononcé ce fameux "Bon courage" à quelqu'un cette semaine. Vous vous rendrez vite compte que ce n'est pas négligeable !
Comme si une journée de travail n'était forcément que souffrance, comme si le travail était une telle contrainte qu'il fallut s'armer de courage pour chaque jour partir au combat et l'affronter, comme si il n'était désormais pas possible de passer une bonne journée sans avoir besoin de s'excuser auprès des autres, comme si souhaiter une "bonne journée" avec un sourire nous coûtait beaucoup plus !

"Le petit café, la petite cigarette"

Il s'agit du deuxième point développé dans le livre. N'avez vous jamais remarqué l'omniprésence de ce mot qui en opportuniste se glisse dans la moindre de nos phrases ?
On ne demande plus un service à quelqu'un mais un petit service, on va se faire un "petit resto" entre amis avant de passer une "petite soirée" sympathique…la liste pourrait être longue !
Manque d'ambition, peur d'une réalité qui ne nous conviendrait pas, repli sur soi-même: si l'on considère que ce que l'on dit reflète notre état d'esprit, il faudrait urgemment revoir l'utilisation ce ce petit adjectif qui parait si anodin à première vue !

L'avenir nous tend les bras

Je crois qu'il est bon de prendre conscience que le point de départ de toute chose, c'est d'abord et définitivement chacun d'entre nous !
Le français que je suis a souvent tendance à blâmer l'autre et à lui rejeter la responsabilité: le collègue, le patron, le président, l'Europe, la conjoncture, le temps: nous sommes champions de la discipline !
Mais qu'en est-il de la capacité de chacun d'entre nous à changer les choses ? Avons-nous tant perdu espoir que nous nous contentons de regarder la vie passer de manière passive ?
Et si nous commencions à bannir toutes ces expressions qui nous enferment dans une spirale négative (et dans laquelle nous semblons dangereusement nous complaire), à ne pas attendre le salut de personnes qui ne nous l'apporteront jamais, à croire en nos propres capacités et dans les incroyables ressources de la société française toute entière ?

Rêvons plus grand

L'audace, la créativité, l'ambition, l'émulation n'ont jamais tué personne: dès lors, pourquoi nous en priver ? Croyons-nous vraiment que demain sera meilleur, que l'avenir regorge d'opportunités fantastiques ? Sommes nous conscients que le regard que nous portons sur les évènements influe de manière importante sur la manière dont nous les vivons ?

Il ne s'agit pas de vivre dans une société idéaliste, ni d'occulter les réelles difficultés quand elles sont rencontrées. Mais entre les deux, n'y a-t-il pas un espace, un espace abyssal où chacun pourrait contribuer par des actes aussi simples qu'un "bonne journée" à réveiller le potentiel de toute une société ? C'est en tout cas, à la lumière de ce livre ma conviction !

Philippe Bloche disait encore cette semaine: "L'entrepreneur est quelqu'un qui a la capacité d'importer de l'angoisse et d'exporter de l'enthousiasme". Alors qu'attendons nous ? 

Réveillons l'entrepreneur qui sommeille en chacun d'entre nous !







samedi 22 novembre 2014

Obama joue son va-tout sur l'immigration #10

Dans une intervention très attendue ce jeudi soir à la Maison Blanche, Barack Obama a frappé un grand coup en annonçant une des mesures phares de son deuxième mandat sur le terrain de l'immigration…quelques semaines après une défaite électorale majeure.



Le point de départ

Mais tout d'abord revenons quelques semaines en arrière, plus précisément le 4 Novembre et les premiers résultats des "mid-term elections"; il s'agit des élections de mi-mandat qui interviennent donc deux ans après la réélection de Barack Obama en Novembre 2012.
Cette élection visait à renouveler la totalité de la Chambre des Représentants et un tiers du Sénat qui sont les deux organes du pouvoir législatif. Le bilan est simple: les républicains (opposition) ont conforté leur contrôle sur la Chambre des Représentants avec désormais 243 Représentants sur 435 et remporté le Sénat en passant de 45 à 52 sénateurs (sur 100): une déroute pour les Démocrates et Obama.

Ces résultats sont de nature à compromettre définitivement les deux dernières années de la présidence de Barack Obama qui devient de plus en plus impopulaire malgré des indicateurs macro-économiques plutôt positifs et en amélioration: en effet, le taux de chômage a de nouveau baissé à 5,8% en Octobre et la croissance au troisième trimestre était de 3,5%, au delà des prévisions.
Même si les raisons sont diverses et que le rôle de la banque centrale américaine (FED) est déterminant, ces chiffres sont remarquables et bien au delà des performances des économies européennes.

Et pourtant, les américains ont clairement ici voulu sanctionner leur président ce qui est au passage souvent le cas pour des élections intermédiaires, même en France.
Sa réforme du système de santé (Obamacare), ses prises de position sur les interventions extérieures, le feuilleton du "Shutdown" rendent Barack Obama plutôt impopulaire (39% opinions favorables), les habitants ne ressentent pas les effets des ces améliorations dans leur quotidien.
Outre la classe moyenne, ce sont les populations issues de l'immigration- et dont on connait l'importance aux Etats-Unis- qui sont les plus désengagées, incroyablement déçues que la réforme du système d'immigration qui était une des grandes promesses de Barack Obama n'aie jamais vu le jour.

Barack is back ?

Barack Obama qui ne peut de toute façon pas se représenter en 2016 (ayant déjà réalisé deux mandats à la présidence des Etats-Unis) n'a plus beaucoup de cartouches pour aborder ces deux dernières années compte tenu de cette impopularité et surtout des deux chambres acquises aux Républicains.

Et alors ? Le président a déclaré ce mercredi dans une intervention très attendue qu'il avait l'intention de régulariser entre 4 et 5 millions de clandestins ! Pour rappel, on estime qu'il y a actuellement 11 millions d'immigrants sans papier sur le territoire américain.
Il a précisé qu'il ne s'agit pas de les naturaliser mais de rendre possible et légale leur présence sur le sol américain grâce notamment à des permis de travail temporaires (3 ans) qui pourront être délivrés si la personne est résidente depuis au moins cinq années et suivant d'autres conditions.
Dans son allocution, le président insiste: "Nous sommes et nous serons toujours une nation d'immigrants" en précisant qu'il s'agissait de travailleurs, de voisins dont "les enfants sont dans les mêmes écoles que nos enfants".

Puisque il n'a plus l'appui des chambres qui lui permettraient de passer par une loi votée, Barack Obama compte utiliser des décrets présidentiels ("Executive Order", équivalent de nos ordonnances) qui lui permettent de s'affranchir du processus législatif d'usage.
Bien sûr cette annonce a provoqué un tollé chez les républicains qui l'accusent d'agir "en monarque" en imposant cette mesure par la force.

Cette annonce vise donc à conquérir les millions d'américains issus de l'immigration en leur envoyant un message fort. C'est une manière pour Barack Obama de faire passer une mesure emblématique et ainsi de faciliter l'élection d'un candidat démocrate pour le prochain scrutin présidentiel: Hillary Clinton ou encore le vice-président Joe Biden qui pourraient être candidats apprécieront.
Mais c'est peut-être aussi un piège tendu aux Républicains qui n'ont jamais défini clairement leur position quant aux questions d'immigrations: le président leur donne l'occasion de le faire avec un risque de créer des tensions dans l'opposition.
Une chance pour certains, un cadeau empoisonné pour d'autres: cette réforme a tout pour faire parler d'elle. Une des dernières cordes à l'arc du premier président Afro-Américain des Etats-Unis.