samedi 24 janvier 2015

Une semaine, un mois qui peut tout changer #13

Si l'actualité de ce mois de janvier a été rythmée d'évènements malheureusement dramatiques en France, l'économie n'est pas en reste: les épisodes qui se déroulent ces jours-ci pourraient bien marquer un avant et un après: décryptage.

Mario Draghi, président de la BCE a abattu sa dernière carte pour sauver l'Euro

Avant d'analyser les deux évènements marquants de la semaine, petit tour d'horizon des trois tendances qui marquent l'économie en ce début d'année 2015.

- La chute de l'euro: nous sommes désormais à 1 euro pour $1,12 alors que la monnaie européenne était encore à $1,40 il y a 6 mois. 
Cela s'explique principalement par la hausse du dollar due à l'amélioration de la situation économique aux Etats-Unis avec un chômage qui baisse (5,9%) et une croissance qui repart, bien aidée par les Gaz de Schiste. Avec une situation économique morose en Zone Euro, on parle donc plutôt d'une hausse du dollar face à un euro faible. 
La prochaine remontée des taux directeurs par la FED aux Etats-Unis attire les investisseurs qui l'anticipant préfèrent désormais acheter un dollar plus rémunérateur.
L'effet immédiat est positif pour la Zone Euro puisque nos produits deviennent plus compétitifs et les exportations augmentent mécaniquement. Même si les importations deviennent plus chères, au détriment de l'Allemagne par exemple, l'impact global est positif. 
Certains parlent déjà d'une parité parfaite de l'euro/dollar pour 2015: les spéculations sont lancées !

- La baisse du pétrole: le pétrole continue sa baisse et est passé sous la barre des $50: cela constitue bien sûr une bonne nouvelle pour nous, importateurs. Cependant, certains souffrent de cette situation: les pays exportateurs mais aussi Total pour qui une chute de 10 dollars du prix du brent représente un manque à gagner annuel de 2 milliards de dollars.
Retrouvez mon dernier article à ce propos.

- La baisse des taux directeurs: les taux d'emprunts auxquels les pays financent leurs dettes via des emprunts ont également atteint des plus bas historiques. Les taux d'emprunt à 10 ans qui servent de référence sont par exemple à 0,55% en France; l'Allemagne emprunte elle à des taux négatifs à 2 et 5 ans. L'Italie (1,59%) et l'Espagne (1,35%) empruntent même moins cher que les Etats-Unis (1,78%) à 10 ans: incroyable !

Un plan massif de la BCE

Le premier évènement de la semaine s'est déroulé ce jeudi à Francfort, au siège de la Banque Centrale Européenne où son président Mario Draghi tenait une conférence de presse…très attendue !
En effet, ce dernier a annoncé le lancement d'un plan massif de rachat d'actifs, ce que l'on appelle communément "QE" ou "Quantitative Easing".
Concrètement, la BCE va injecter un montant hallucinant de 1140 milliards d'euros dans l'économie européenne (60 milliards mensuels pendant 19 mois) à l'instar de ce qu'avaient pu faire la FED aux Etats-Unis, la Banque d'Angleterre ou la Banque du Japon il y a quelques années pour des résultats mitigés.
L'objectif principal de la BCE est de combattre la baisse des prix (-0,2% en Décembre) pour revenir à une inflation proche de 2% (telle qu'elle est prévue dans le mandat de la BCE) et de relancer une économie atone.
Pour cela, elle va racheter des dettes d'Etats sur les marchés secondaires (n'ayant pas le droit de les financer directement) afin d'orienter les investisseurs et les capitaux vers l'économie réelle ce qui permettra un redémarrage de la zone euro par l'investissement.
La masse monétaire (argent qui circule dans l'économie) augmentant, l'Euro perd donc de sa valeur par rapport au dollar: il a subi ce jour-ci sa plus grosse chute en 24h depuis sa création (-4%).

Si le 22 Janvier 2015 fera donc date dans l'histoire, les conséquences sont elles plus incertaines et c'est bien dans l'inconnue la plus totale que ce plan a été lancé. 
Conjugué aux trois tendances développées plus haut, le risque de ce plan est de désinciter les Etats (la France par exemple) à se réformer puisque ils se financent encore plus facilement désormais. 
Avec des taux et une inflation faibles, le "quantitative easing" est donc la dernière carte que peut abattre Mario Draghi: pas sûr qu'elle soit de nature à rassurer sur l'état réel de la zone euro.
Mais comme il l'a répété, c'est maintenant au tour des Etats et des agents économiques de jouer le jeu.

Elections en Grèce

L'autre évènement majeur de la semaine arrive demain avec des élections législatives qui s'annoncent décisives en Grèce: le parti radical de gauche Syriza emmené par Alexis Tsipras arrive en effet en tête des intentions de vote (32,5% selon une enquête récente). 
Si ce parti radical arrivait en tête, il devrait probablement s'allier avec d'autres partis pour pouvoir gouverner. Contrairement à ce que l'on peut entendre, Syriza ne souhaite pas sortir de l'euro mais changer radicalement de cap en renégociant "fermement" la dette de la Grèce.
L'enjeu ? La dette publique Grecque s'élève à 320 milliards d'euros soit plus de 177% du PIB (95,2% en France): mais surtout, 85% de cette dette est détenue par des Etats et par la Troïka (FMI de la BCE et de l'UE). Un défaut de paiement de la Grèce sur sa dette représenterait un coût de 40 milliards d'euros pour la France, soit 615 euros par français !
Si ce scénario catastrophe n'est pour l'instant par privilégié, une renégociation de la dette aura probablement lieu. Pour être complet sur la Grèce, il faut noter que la situation économique s'améliore avec avec une hausse du PIB de 0,6% en 2014 (après 6 années de récession) et une prévision de 3% pour 2015.
La question est: ira-t-on jusqu'à ce qu'on appelle le "Grexit" ? L'Europe sera vite fixée.

A plusieurs niveaux, ce mois de janvier est donc dors et déjà historique du point de vue économique. Baisse de l'euro, du pétrole, taux d'emprunts bas, liquidité abondante: tous les carburants sont là. 

Si l'Europe ne repart pas, ce ne sera pas un problème de carburant mais bien un problème de moteur.

vendredi 26 décembre 2014

Le pétrole, un sacré cadeau de Noël ? #12

Il est de coutume en cette fin d'année de s'offrir des cadeaux: et bien figurez vous que la France en a reçu, et pas des moindres. Décryptage des évènements qui ont marqué la fin d'année 2014.



Vous l'aurez compris, un des principaux cadeaux de cette fin d'année est le pétrole. Mais de quoi parle-t-on ?

Le pétrole est donc une matière première, plus précisément une "huile minérale naturelle" qui après extraction et raffinage permet de produire des carburants comme le diesel, le kérosène ou encore le gazole. Si l'on entend souvent parler du baril de BRENT (1 Baril = 159 litres), c'est parce que il s'agit du pétrole de la mer du Nord qui s'échange sur les marchés européens par opposition au WTI qui lui est échangé aux Etats-Unis.
Le principal acteur de ce marché est l'OPEP, un cartel composé de 12 pays dont l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Venezuela et qui produit près de 40% du pétrole mondial avec une influence assez importante notamment au niveau géopolitique.
La Russie demeure le premier pays producteur et les Etats-Unis complètent le podium avec la récente exploitation des gaz de Schiste qui, tout en modifiant de manière inquiétante l'écosystème permet aux américains de s'approcher de l'indépendance énergétique.

Des niveaux records atteints

Le baril de brut a atteint des niveaux records en cette fin d'année passant même sous la barre des $55. A titre d'indication, le baril de Brent était à $114 en Juin 2014, à son plus haut niveau de l'année avec une moyenne annuelle à 100$.
C'est donc une chute vertigineuse pour l'une des matières premières les plus importantes et stratégiques et les raisons sont multiples.

Premièrement, il s'agit d'une baisse du commerce mondial en cette année 2014 avec une croissance de  2,5% bien loin des 5% observés en moyenne sur les deux dernières décennies.
Ce ralentissement est dû aux difficultés des pays émergeants comme le Brésil, la Russie ou l'Inde et bien sûr aux baisses de prévision relatives à la Chine qui avance désormais sur un rythme de croissance annuel de 7,5% avec une demande moins soutenue et des chiffres de production plus faibles que prévus.
Cela entraine mécaniquement une baisse de la demande en matières premières et donc particulièrement pour le pétrole. La demande globale est donc trop faible et les signaux envoyés trop négatifs, d'où les contractions du marché.

De son côté l'offre continue a être très importante avec notamment l'arrivée des gaz de Schiste américains et le refus de l'OPEP de baisser son niveau de production.
On estime que le différentiel entre l'offre et la demande est de 6 millions de barils par jour: considérable, ce qui explique ce contre-choc pétrolier.

Quelles conséquences au niveau mondial ?

Comme nous profitons de la baisse de l'euro par rapport au dollar qui permet une augmentation des exportations françaises et européennes et un regain de compétitivité, la baisse du pétrole est bien évidemment une bonne nouvelle pour la plupart des économies et pour la France.
Du côté des pays producteurs, la baisse du prix du baril rend la rentabilité des exploitations très menacée. Le coût d'extraction du pétrole de Schiste est à $75 environ aux Etats-Unis et certains pays exportateurs ont même besoin d'un baril au dessus de $100 pour boucler leur budget.
Le Venezuela est ainsi proche du défaut de paiement et la Russie avec l'effondrement de sa monnaie se voit aussi en grande difficulté ayant basé son budget sur un baril à $100: de plus, 50% des recettes de l'Etat russe sont liées aux hydrocarbures.

Qu'en est-il concrètement ?

Vous l'aurez sans doute remarqué, les prix à la pompe ont sensiblement baissé en cette fin d'année et le Gazole est même localement passé sous le seuil des 1€.
Mais pourquoi les prix n'ont pas varié avec la même amplitude que ceux du cours du brut ?
Tout simplement parce que le prix du carburant en France est principalement composé de taxes (TVA, TICPE) et donc bien moins sensible aux évolutions du cours du brut; elles s'élèvent à 48,9% pour le Gazole et à 56,3% pour le Sans Plomb 95.
Compte tenu de l'importance de la baisse du prix du pétrole, il y a donc quand même un impact sur "les prix à la pompe" même si il est moins important.
Cependant, la situation risque d'évoluer puisque dès le 1er Janvier 2015, deux nouvelles taxes sur les carburants vont rentrer en application avec une hausse des prix de 4 centimes à la clé; elles visent à compenser l'abandon de l'écotaxe et participer à la taxe carbone.

Vraiment un cadeau ?

Au niveau mondial, le FMI a estimé que l'impact de la baisse du pétrole serait de +0,5 points sur la croissance mondiale.
En France, l'impact est également positif comme nous l'avons vu pour les consommateurs mais également pour les entreprises. On estime qu'avec un tel niveau du pétrole, on pourrait l'année prochaine redonner 15 milliards d'euros de marge aux entreprises françaises.
Déjà en 2014, la facture énergétique a pu baisser de manière sensible; pour le seul secteur de l'industrie, les gains s'élèvent à 2 milliards d'euros, soit plus que le CICE - le Crédit Impôt Compétitivité Emploi qui est la mesure phare du quinquennat en faveur des entreprises- sur la même période.

Avec la baisse de l'Euro par rapport au dollar -du fait de la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne qui a laissé son taux directeur inchangé à 0,05%- qui permet de doper la compétitivité européenne et française et grâce à des taux d'intérêts historiquement bas (0,845% à 10 ans) qui permettent à la France de se financer à moindre coût en allégeant significativement le coût de la dette, le pétrole est donc le troisième cadeau dont profite l'économie française: avec un chômage et une dette qui continuent à augmenter, elle aurait tort de s'en priver.

Tous ces facteurs exogènes ont conduit l'INSEE à relever sa prévision de croissance pour le troisième trimestre à +0,3%: une bien bonne nouvelle à l'orée d'une année 2015 qui s'annonce agitée mais qui ne saurait nous faire oublier l'urgente nécessité de réformer notre pays.

Un chiffre: la dette de la France a cette année dépassé le seuil des 2.000 milliards d'euros (30.000€ par français) et atteint désormais 95,2% du PIB, de la richesse nationale donc.
Il arrivera un jour où le mur de la dette ne sera plus surmontable, ou la France ne sera plus en mesure de faire face à ses obligations et il sera alors trop tard pour réagir. Il serait irresponsable de penser que ce jour n'arrivera pas.

samedi 6 décembre 2014

Ne me dites plus jamais bon courage ! #11

Ce weekend,  focus sur un livre passionnant que j'ai eu l'occasion de relire récemment. Un lexique anti-déprime que tout français devrait lire et…appliquer !

Et si nous changions notre manière de penser et de…nous exprimer !

Du fameux "bon courage" avant d'aller au travail le matin au "c'était mieux avant" nostalgique en passant par toutes ces "petites" choses que nous faisons, l'auteur montre l'importance de ces expressions et leur impact sur la société: triste, le moral dans les chaussettes, peur de l'avenir, comptant le nombre d'heures le séparant du weekend, le nombre de jours des prochaines vacances et le nombre d'années de la retraite: le portrait robot du français moyen peut s'avérer…effrayant !

"Bon courage"

Dans les expressions qui m'ont marquées, je crois que celle-ci est tout à fait symptomatique.
Petit exercice pratique pour vous cher lecteur: essayez de compter le nombre de fois où vous avez prononcé ce fameux "Bon courage" à quelqu'un cette semaine. Vous vous rendrez vite compte que ce n'est pas négligeable !
Comme si une journée de travail n'était forcément que souffrance, comme si le travail était une telle contrainte qu'il fallut s'armer de courage pour chaque jour partir au combat et l'affronter, comme si il n'était désormais pas possible de passer une bonne journée sans avoir besoin de s'excuser auprès des autres, comme si souhaiter une "bonne journée" avec un sourire nous coûtait beaucoup plus !

"Le petit café, la petite cigarette"

Il s'agit du deuxième point développé dans le livre. N'avez vous jamais remarqué l'omniprésence de ce mot qui en opportuniste se glisse dans la moindre de nos phrases ?
On ne demande plus un service à quelqu'un mais un petit service, on va se faire un "petit resto" entre amis avant de passer une "petite soirée" sympathique…la liste pourrait être longue !
Manque d'ambition, peur d'une réalité qui ne nous conviendrait pas, repli sur soi-même: si l'on considère que ce que l'on dit reflète notre état d'esprit, il faudrait urgemment revoir l'utilisation ce ce petit adjectif qui parait si anodin à première vue !

L'avenir nous tend les bras

Je crois qu'il est bon de prendre conscience que le point de départ de toute chose, c'est d'abord et définitivement chacun d'entre nous !
Le français que je suis a souvent tendance à blâmer l'autre et à lui rejeter la responsabilité: le collègue, le patron, le président, l'Europe, la conjoncture, le temps: nous sommes champions de la discipline !
Mais qu'en est-il de la capacité de chacun d'entre nous à changer les choses ? Avons-nous tant perdu espoir que nous nous contentons de regarder la vie passer de manière passive ?
Et si nous commencions à bannir toutes ces expressions qui nous enferment dans une spirale négative (et dans laquelle nous semblons dangereusement nous complaire), à ne pas attendre le salut de personnes qui ne nous l'apporteront jamais, à croire en nos propres capacités et dans les incroyables ressources de la société française toute entière ?

Rêvons plus grand

L'audace, la créativité, l'ambition, l'émulation n'ont jamais tué personne: dès lors, pourquoi nous en priver ? Croyons-nous vraiment que demain sera meilleur, que l'avenir regorge d'opportunités fantastiques ? Sommes nous conscients que le regard que nous portons sur les évènements influe de manière importante sur la manière dont nous les vivons ?

Il ne s'agit pas de vivre dans une société idéaliste, ni d'occulter les réelles difficultés quand elles sont rencontrées. Mais entre les deux, n'y a-t-il pas un espace, un espace abyssal où chacun pourrait contribuer par des actes aussi simples qu'un "bonne journée" à réveiller le potentiel de toute une société ? C'est en tout cas, à la lumière de ce livre ma conviction !

Philippe Bloche disait encore cette semaine: "L'entrepreneur est quelqu'un qui a la capacité d'importer de l'angoisse et d'exporter de l'enthousiasme". Alors qu'attendons nous ? 

Réveillons l'entrepreneur qui sommeille en chacun d'entre nous !







samedi 22 novembre 2014

Obama joue son va-tout sur l'immigration #10

Dans une intervention très attendue ce jeudi soir à la Maison Blanche, Barack Obama a frappé un grand coup en annonçant une des mesures phares de son deuxième mandat sur le terrain de l'immigration…quelques semaines après une défaite électorale majeure.



Le point de départ

Mais tout d'abord revenons quelques semaines en arrière, plus précisément le 4 Novembre et les premiers résultats des "mid-term elections"; il s'agit des élections de mi-mandat qui interviennent donc deux ans après la réélection de Barack Obama en Novembre 2012.
Cette élection visait à renouveler la totalité de la Chambre des Représentants et un tiers du Sénat qui sont les deux organes du pouvoir législatif. Le bilan est simple: les républicains (opposition) ont conforté leur contrôle sur la Chambre des Représentants avec désormais 243 Représentants sur 435 et remporté le Sénat en passant de 45 à 52 sénateurs (sur 100): une déroute pour les Démocrates et Obama.

Ces résultats sont de nature à compromettre définitivement les deux dernières années de la présidence de Barack Obama qui devient de plus en plus impopulaire malgré des indicateurs macro-économiques plutôt positifs et en amélioration: en effet, le taux de chômage a de nouveau baissé à 5,8% en Octobre et la croissance au troisième trimestre était de 3,5%, au delà des prévisions.
Même si les raisons sont diverses et que le rôle de la banque centrale américaine (FED) est déterminant, ces chiffres sont remarquables et bien au delà des performances des économies européennes.

Et pourtant, les américains ont clairement ici voulu sanctionner leur président ce qui est au passage souvent le cas pour des élections intermédiaires, même en France.
Sa réforme du système de santé (Obamacare), ses prises de position sur les interventions extérieures, le feuilleton du "Shutdown" rendent Barack Obama plutôt impopulaire (39% opinions favorables), les habitants ne ressentent pas les effets des ces améliorations dans leur quotidien.
Outre la classe moyenne, ce sont les populations issues de l'immigration- et dont on connait l'importance aux Etats-Unis- qui sont les plus désengagées, incroyablement déçues que la réforme du système d'immigration qui était une des grandes promesses de Barack Obama n'aie jamais vu le jour.

Barack is back ?

Barack Obama qui ne peut de toute façon pas se représenter en 2016 (ayant déjà réalisé deux mandats à la présidence des Etats-Unis) n'a plus beaucoup de cartouches pour aborder ces deux dernières années compte tenu de cette impopularité et surtout des deux chambres acquises aux Républicains.

Et alors ? Le président a déclaré ce mercredi dans une intervention très attendue qu'il avait l'intention de régulariser entre 4 et 5 millions de clandestins ! Pour rappel, on estime qu'il y a actuellement 11 millions d'immigrants sans papier sur le territoire américain.
Il a précisé qu'il ne s'agit pas de les naturaliser mais de rendre possible et légale leur présence sur le sol américain grâce notamment à des permis de travail temporaires (3 ans) qui pourront être délivrés si la personne est résidente depuis au moins cinq années et suivant d'autres conditions.
Dans son allocution, le président insiste: "Nous sommes et nous serons toujours une nation d'immigrants" en précisant qu'il s'agissait de travailleurs, de voisins dont "les enfants sont dans les mêmes écoles que nos enfants".

Puisque il n'a plus l'appui des chambres qui lui permettraient de passer par une loi votée, Barack Obama compte utiliser des décrets présidentiels ("Executive Order", équivalent de nos ordonnances) qui lui permettent de s'affranchir du processus législatif d'usage.
Bien sûr cette annonce a provoqué un tollé chez les républicains qui l'accusent d'agir "en monarque" en imposant cette mesure par la force.

Cette annonce vise donc à conquérir les millions d'américains issus de l'immigration en leur envoyant un message fort. C'est une manière pour Barack Obama de faire passer une mesure emblématique et ainsi de faciliter l'élection d'un candidat démocrate pour le prochain scrutin présidentiel: Hillary Clinton ou encore le vice-président Joe Biden qui pourraient être candidats apprécieront.
Mais c'est peut-être aussi un piège tendu aux Républicains qui n'ont jamais défini clairement leur position quant aux questions d'immigrations: le président leur donne l'occasion de le faire avec un risque de créer des tensions dans l'opposition.
Une chance pour certains, un cadeau empoisonné pour d'autres: cette réforme a tout pour faire parler d'elle. Une des dernières cordes à l'arc du premier président Afro-Américain des Etats-Unis.


mercredi 12 novembre 2014

La Chine reprend les choses en main #9

Si la situation économique des Etats-Unis s'améliore de mois en mois (taux de chômage à 5,8% et croissance à 3,5%), il faut traverser le Pacifique pour trouver le pays dont tout le monde parle en ce moment. Le sommet de l'APEC qui s'est tenu cette semaine à Pékin marque le retour d'une Chine conquérante.

Le président chinois Xi Jinping (milieu) était l'hôte de Barack Obama (gauche) et Vladimir Poutine (droite)

Une rencontre grandiose

Le sommet de l'APEC (coopération économique pour l'Asie pacifique) s'est tenu cette semaine à Pékin réunissant ses 21 pays membres. Si la Chine était bien sûr présente, l'organisation compte dans ses rangs les Etats-Unis, la Russie ou encore des pays comme le Mexique, le Japon ou l'Indonésie.
Pour avoir un ordre d'idée, cela représente près d'un tiers de la population mondiale et plus de la moitié de la richesse mondiale.
Ce sommet, c'était surtout l'occasion pour son pays hôte de s'affirmer en tant que grande puissance mondiale, un message à l'intention de ses invités; selon la Banque Mondiale, le PIB chinois (la richesse du pays donc) pourrait même dépasser celle des Etats-Unis dès…2014 !

Pour cela, le président Xi Jinping a mis les petits plats dans les grands avec cet évènement, indéniablement le plus important depuis les JO de 2008. La plupart des habitants de la capitale et notamment les fonctionnaires ont été invités à rester chez eux pendant ces 4 jours -comme me le confirmait une amie chinoise ce matin- afin de désengorger une ville de 11,5 millions d'habitants avec une pollution de l'air qui atteint des records: on aura même pu pour une fois apercevoir un ciel bleu à cette occasion !

Des mesures importantes

Forte de ses 7% de croissance annuel, la Chine était donc en position de force avant ce sommet.
Un accord symbolique mais non moins significatif a été pris avec les Etats-Unis sur la question du réchauffement climatique; les deux pays qui émettent 45% de la totalité des émissions de CO2 se sont engagés à les réduire avec des objectifs chiffrés, on parle d'horizon 2030 pour la Chine. Cet accord est une première en la matière et un signe très encourageant en vue de la conférence sur le climat qui se tiendra en 2015 à Paris.

Dans la feuille de route du sommet est également envisagée la création d'une zone de libre échange pour l'Asie Pacifique (FTAAP) afin d'encourager la coopération entre les pays même si ce n'est pas forcément du goût de Barack Obama qui était venu défendre son programme de libre-échange, le TIPP.
On a également assisté à un "tournant" dans les relations entre la Chine et le Japon avec la première rencontre entre Xi Jinping et le premier ministre nippon Shinzo Abe: une image symbolique tant les deux pays connaissent des difficultés diplomatiques notamment liées à un conflit de souveraineté sur des îles situées dans le pacifique et à une histoire difficile.

Chine, des symboles

Outre ce sommet, plusieurs exemples récents sont venus confirmer la dynamique chinoise.
Tout d'abord, vous avez peut-être entendu parler d'Alibaba, l'équivalent de E-bay en Chine: l'entreprise a réalisé la plus grosse introduction en bourse de l'histoire au mois d'octobre et ne cesse de déplacer les frontières du e-commerce. Cette semaine pour la "journée des célibataires" en Chine, le groupe a réalisé 9,3 milliards de dollars de ventes en…une journée ! Un record absolu bien loin devant l'emblématique "Black Friday" aux Etats-Unis et ses 2,3 milliards de dollars de ventes l'année dernière.

Ensuite dans un autre domaine, après avoir inauguré des appareils militaires, la Chine va se lancer dans le civil. Le constructeur COMAC détenu par l'Etat envisage ainsi tout simplement de concurrencer l'A350, le dernier long courrier de chez Airbus en lançant un avion qui sera opérationnel en 2021 pour une commercialisation à partir de 2023 et qui sera construit en coopération avec une société russe.
Et c'est dès lors cette impression que rien ne peut et ne pourra arrêter la Chine qui prédomine ! 

Le Time (voir ci-dessous) ne s'est d'ailleurs pas trompé et a consacré sa dernière une à Xi Jinping, "un président qui veut propulser sa nation en haut de l'ordre mondial". 
Le "géant qui sommeille" pourrait bientôt se réveiller, très bientôt !




samedi 8 novembre 2014

Evasion fiscale, l'affaire de trop ? #8

L'affaire de la semaine concerne une enquête menée par un consortium de journalistes d'investigation américains (ICJ) associé de quelques dizaines de médias étrangers: elle met en évidence une machine d'optimisation fiscale au Luxembourg. Une affaire qui pourrait avoir des conséquences importantes.
Jean-Claude Junker, à peine élu et fragilisé

C'est en milieu de semaine qu'a émergé dans la presse l'existence de ce rapport qui met à mal le Luxembourg et son administration. En cause ? La pratique de "Tax Ruling" ou agrément fiscal: il s'agit d'une procédure permettant à des entreprises d'obtenir des allégement fiscaux selon certaines conditions quand elles veulent s'implanter dans un pays.
Concrètement, un grand groupe qui souhaite s'installer au Luxembourg aimerait savoir combien il serait taxé si il centralisait ses profits dans le pays; un cabinet d'audit réalise donc pour le compte de cette entreprise une étude approfondie pour envisager des solutions d'optimisation, le but étant de payer le moins d'impôts possible bien sûr. Ensuite, ce cabinet soumet ces solutions à l'administration fiscale du pays qui les valide ou non.
Il est important de préciser qu'il s'agit d'une pratique conforme au droit et donc légale même si éthiquement discutable notamment vis-vis des autres pays européens.

Une affaire d'envergure

Evidemmenent, personne n'a découvert cette semaine l'existence d'un système d'optimisation au Luxembourg mais cette étude montre tout de même 28.000 pages d'accords fiscaux secrets entre le gouvernement et des firmes multinationales parmi lesquelles Apple, Amazon, Pepsi, Ikea mais aussi des sociétés françaises (BNP, Crédit Agricole)...

En tout, 340 entreprises seraient concernées pour des accords passés entre 2002 et 2010 et plusieurs milliards d'euros économisés. Une vraie machine industrielle.

Des répercussions importantes en Europe

Hasard ou pas, le premier ministre luxembourgeois de l'époque se trouve être le nouveau président de la commission européenne, investi la semaine dernière dans ses fonctions: Jean-Claude Junker.
Ce dernier a dirigé le pays de 1995 à 2013 et se retrouve fortement affaibli: une affaire embarrassante dans laquelle il pourrait être directement mis en cause et donc une bombe à retardement pour l'Union Européenne et cette nouvelle commission de la "dernière chance".

Seulement, on peut se demander si cette affaire ne sera pas la première détonation d'une série d'explosions: en effet, on sait que d'autres pays en Europe sont concernés par des systèmes d'optimisation fiscale à la limite de la légalité.

Les Pays-Bas pourraient dès lors être visés comme l'a montré cet excellent dossier publié dans les échos cette semaine. Coïncidence ? Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem récemment élu se trouve être...néerlandais !
Plus largement, on peut considérer que la France fait également de l'optimisation fiscale via la Crédit d'Impôt Recherche (CIR) qui subventionne des activités dans la R&D. Si ce terme a une connotation plutôt péjorative, il concerne la plupart des pays dans le but de rendre leur territoire plus attractif.

Une nécessité d'avancer

Cette affaire pourrait donc s'avérer très dangereuse pour l'ensemble de l'Europe et son équilibre: elle met en exergue la nécessite de mettre en place un système de transparence et d'harmonisation fiscale en Europe. Ce processus pourrait être accéléré par de telles révélations avec une prise de conscience collective: la fin du secret bancaire en Europe mais également dans le monde avec l'accord d'un pays comme la Suisse est en ce sens encourageant !

dimanche 2 novembre 2014

Et si le transport du futur était... l'Autocar ? #7

Emmanuel Macron, ministre de l'économie, a présenté les grands traits de son projet de loi pour la croissance; on attendait des mesures emblématiques, des réformes importantes: une des principales annonces concerne pourtant le transport en... autocar: décryptage !


Le saviez-vous ? Le transport en autocar est sous-utilisé en France: avec quelques 100.000 passagers par an, nous sommes bien loin de l'Allemagne ou encore du Royaume-Uni ou 30 millions de britanniques utilisent ce mode de transport chaque année !

En effet, la législation française en la matière est très restrictive et c'est à elle que le ministre français de l'économie compte bien s'attaquer.
Si l'on laisse de côté les lignes de transport urbaines, rurales, scolaires ou encore l'utilisation de ce mode de transport pour des voyages occasionnels (sortie scolaire...), il est aujourd'hui presque impossible de faire rouler un autocar en France sur des trajets de longue distance.

Une directive Européenne comme point de départ

Une loi décidée au niveau européen en 2011 est venue apporter un peu de souplesse en autorisant les voyageurs à prendre le car entre deux villes françaises...si la destination finale se trouve à l'étranger.
Vous ne pouvez pas par exemple réaliser un trajet Paris-Lyon en autobus que si la liaison est en réalité effectuée entre Paris et Turin par exemple. De plus, le nombre de passagers autorisés à bénéficier de cette mesure ne doit pas excéder 50% de la capacité de l'autocar et du chiffre d'affaires réalisé: c'est ce qu'on appelle le "cabotage".
Cette loi adoptée au niveau Européen va donc dans le bon sens mais le marché demeure extrêmement rigide.

L'exemple de l'Allemagne

Une réforme du marché des autocars a été menée en 2013 Outre-Rhin et les résultats sont plutôt probants: le nombre de voyageurs sur les lignes a augmenté de 180% par rapport à 2012 avec 8,2 millions de passagers sur l'année.
On constate que cette libéralisation a permis à une partie de la population peut-être plus modeste de se déplacer dans le pays grâce notamment à une baisse sensible des prix.

Des idées reçues

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les sociétés de car innovent avec désormais des modèles d'autobus modernes (Wifi, tablettes tactiles, confort). Certes ce n'est pas encore le cas sur tous mais le potentiel est là et les compagnies ne vont pas se priver d'un marché français très prometteur.
De plus, l'autocar est et reste le moyen de transport le plus sûr et le moins polluant du fait de réglementations européennes très strictes; en pleine capacité, un autobus remplace près de 30 voitures !

Si l'on a pu être bien surpris quand Emmanuel Macron a annoncé cette mesure, il s'avère que les effets engendrés pourraient être très intéressants.
En terme d'emplois bien sûr avec un marché plus ouvert à la concurrence qui générerait jusqu'à 16.000 nouveaux postes d'ici à 2020 mais également en terme de pouvoir d'achat pour les français qui auraient de nouvelles possibilités de se déplacer avec des tarifs plus attractifs.

Enfin, au même titre que le covoiturage qui ne sera pas directement concurrencé, le développement de ce mode de transport aura un impact moins négatif sur l'environnement tout en encourageant fortement les autres acteurs à se développer: la SNCF pourrait ainsi être la première concernée.
Si l'on n'échangera peut-être pas un voyage Paris-Lyon (2h par TGV), certaines liaisons plus vétustes pourraient être menacées.

On comprend bien que à partir d'une simple décision retranscrite dans le droit par une loi, des effets jusqu'à alors insoupçonnés pourraient intervenir. On parle bien de simplification et la piste mérite d'être étudiée.